05/01/2010

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41BzoyUZJ1L._SL500_AA240_Le printemps géorgien : Magnum photos, Textuel, octobre 2009, 239 pages. ISBN 978-2845973497. Prix : 39,90 €

 

Le Printemps Géorgien est le journal de bord de dix photographes de Magnum Photos qui ont parcouru la Géorgie durant le printemps 2009. Située aux confins de l'Europe orientale entre la Turquie et la Russie, la Géorgie, dont la culture sophistiquée remonte à l'Antiquité grecque, est annexée de force l'Union soviétique en 1922, puis regagne son indépendance en 1991. Après une période de guerre civile et de débâcle économique, et malgré les tensions -continuelles avec la Russie, elle renaît de ses cendres depuis quelques années avec une rapidité remarquable, pour devenir un pays européen moderne. Invités par le ministère de la Culture géorgien, les photographes de Magnum Photos Jonas Bendiksen, Antoine D'Agata, Thomas Dworzak, Martine Franck, Alex Majoli, Martin Parr, Paolo Pellegrin, Gueorgui Pinkhassov, Mark Power et Alec Soth ont entrepris de parcourir le pays, chacun suivant un itinéraire donné, pour en livrer une vision personnelle. Leurs images sont accompagnées de textes et de témoignages prolongeant leur approche. Encadré par une série de cartes postales choisies pour illustrer certains des sujets pittoresques ou symboliques du pays, le livre comprend également un chapitre rassemblant des archives de Magnum Photos sur la Géorgie - dont l'essai réalisé par Robert Capa en 1947, durant sa visite de l'Union soviétique avec John Steinbeck - ; une préface de Thomas Dworzak ; une chronologie succincte ; et un essai de la journaliste Wendell Steavenson, renouant avec ce pays où elle a résidé pendant les années 1990.


41XT2Q58IQL._SL500_AA240_Kéthévane Davrichewy, La Mer Noire, Sabine Wespieser éditeur,  janvier 2010, 224 pages. ISBN : 978-2-84805-078-2. Prix : 19 €

 

En ce jour anniversaire de ses quatre-vingt-dix ans, la première pensée de Tamouna est pour Tamaz, son amour de jeunesse. Cet homme, qu’elle a rencontré l’été de ses quinze ans à Batoumi, et qu’elle n’a cessé d’attendre, devrait être le quarante et unième convive de la fête familiale qui se prépare.

Dans un demi-sommeil, la vieille dame se souvient de leurs amours timides et éblouies, très vite interrompues par le départ précipité pour la France, en cet automne 1918 où le nouveau gouvernement est contraint à l’exil. Le père de la jeune fille, ministre de l’agriculture d’une Géorgie dont l’indépendance a tout juste été proclamée, veut mettre sa famille à l’abri de la reprise en main par les bolchéviques. Dès que sa femme et ses filles sont installées au château de Leuville-sur-Orge, où se réfugient tous les démocrates, lui repart, dans un geste quasi désespéré pour tenter de défendre la liberté de son pays. Il ne reviendra pas, et Tamouna ne retournera jamais en Géorgie. Sa vie peu à peu se construit en France, dans la petite communauté qui vit modestement et garde vivaces les traditions de la terre natale, tentant de perpétuer un bonheur de vivre qui aurait dû être immuable. Le manque, la nostalgie et la peine, Tamouna les confie pendant son adolescence aux lettres qu’elle ne cesse d’écrire à Tamaz, sans jamais les envoyer. Tout aussi brutalement que de ses grands-parents et d’une partie de sa famille, elle a été coupée de son bel amour de jeunesse. La Géorgie, pendant toutes ces années, est restée un pays aux frontières hermétiquement closes. Et quand Tamaz finit par reparaître, il est trop tard pour reprendre le fil de leurs espoirs. Leurs vies se sont dessinées autrement. Tamouna a fait un mariage de raison, leurs retrouvailles de loin en loin auront toujours le goût des regrets.

Le présent de Tamouna, ce sont ses enfants, ses petites-filles si vives et si aimantes à qui elle a enseigné les coutumes, les recettes, les chants et les danses du pays, et toute cette famille élargie formant autour d’elle une joyeuse communauté. La terre perdue, le passé douloureux, la mémoire tissée des deuils et des déchirements de l’histoire, Kéthévane Davrichewy les évoque avec une grande pudeur et une remarquable économie de moyens. Aucun pathos pour dire les heurs et malheurs de ces gens pourtant formidablement exubérants.

La longue journée anniversaire – et c’est là aussi le tour de force du roman – est comme la métaphore de la vie de Tamouna. Entourée des siens, elle a laissé ouverte la vanne des souvenirs, et peu à peu, grâce à une narration habilement tissée, l’image de la doyenne qu’elle est devenue se superpose à celle de la jeune fille exilée. L’arrivée tardive de Tamaz en éternel amoureux achève de créer le trouble.

Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 dans une famille géorgienne. Son enfance est marquée par les souvenirs et l’expérience de l’exil qu’ont vécue ses grands-parents. Après des études de lettres modernes, de cinéma et de théâtre, elle a travaillé pour différents magazines et a commencé à collecter des contes géorgiens pour l’École des loisirs, où elle a publié depuis lors de nombreux ouvrages pour la jeunesse. Elle écrit aussi des scénarios de films. Son premier roman, Tout ira bien, est paru en 2004 aux éditions Arléa.

12:36 Écrit par Roustaveli dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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